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Qui est Hasan Minhaj, l’humoriste américain censuré par Netflix en Arabie Saoudite ?

Jul 18, 2026  Twila Rosenbaum  55 views
Qui est Hasan Minhaj, l’humoriste américain censuré par Netflix en Arabie Saoudite ?

L'humoriste américain Hasan Minhaj a vu son émission Patriot Act faire les frais de la censure saoudienne. Le 28 octobre 2018, un épisode consacré à l'Arabie Saoudite et à son prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) a été retiré de la version locale de Netflix, après une demande officielle du royaume. Netflix a obtempéré, invoquant une loi anti-cybercriminalité qui interdit toute mise en péril de l'ordre public ou des valeurs religieuses. Cet incident a mis en lumière les tensions entre la liberté d'expression et les intérêts commerciaux des plateformes de streaming.

Dans cet épisode, Minhaj reprochait au régime saoudien son implication dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, la guerre au Yémen et les liens financiers avec les États-Unis. Le comédien, d'origine indienne et de confession musulmane, déclarait : « Il serait temps de réévaluer notre relation avec l'Arabie Saoudite. Et je dis ça en tant qu'Américain et en tant que musulman. » Il comparait même le royaume à un manager de boys band pour le 11-Septembre, une métaphore choc qui a probablement déclenché la colère de Riyad.

Le parcours d'un humoriste prometteur

Hasan Minhaj est né en Californie, de parents musulmans originaires du nord de l'Inde. Il s'est fait connaître en 2014 en rejoignant le Daily Show sur Comedy Central, où il officiait comme « correspondant politique indien ». Il y apportait un regard neuf sur l'actualité américaine, mêlant humour et analyse pointue. En 2017, il a été choisi pour animer le prestigieux Dîner des correspondants de la Maison Blanche, une consécration pour tout comique satirique. Il y a brillamment défendu le rôle des journalistes face à l'administration Trump, déclarant : « À l'ère de Trump, vous devez vous montrer plus parfaits que jamais. Vous ne pouvez pas commettre d'erreurs. Car si l'un d'entre vous fait une erreur, il va s'en prendre à toute votre communauté. Et maintenant, vous savez ce que c'est que d'appartenir à une minorité. »

Patriot Act : un talk-show politique renouvelé

Fort de son succès, Minhaj a lancé Patriot Act sur Netflix en 2018, une émission hebdomadaire qui traite de sujets de société, de politique intérieure et internationale. Le format, inspiré de John Oliver et des conférences Ted, mêle données chiffrées, humour et engagement personnel. Minhaj y aborde aussi bien les discriminations positives que les dérives des grandes entreprises technologiques. Il s'est notamment attaqué à Amazon, à la politique migratoire de Trump et, bien sûr, à l'Arabie Saoudite.

L'épisode censuré a été visionné des millions de fois sur YouTube après son retrait, illustrant ce qu'on appelle l'effet Streisand : la censure a paradoxalement amplifié la diffusion du contenu. Minhaj en a d'ailleurs plaisanté : « Clairement, la meilleure manière pour que les gens arrêtent de regarder quelque chose, c'est de la supprimer, la rendre virale en ligne puis ensuite de laisser YouTube s'en emparer. »

Une censure aux multiples implications

L'affaire a relancé le débat sur l'indépendance des plateformes de streaming face aux régimes autoritaires. Netflix, présent en Arabie Saoudite depuis 2016, a préféré sacrifier une partie de son catalogue plutôt que de risquer de perdre un marché lucratif. Le royaume est en effet un client important pour les géants de la tech, investissant des milliards de pétrodollars dans l'armement et les entreprises de la Silicon Valley. En se pliant à la loi saoudienne, Netflix a montré que la liberté d'expression n'est pas toujours une priorité face aux intérêts économiques.

Pourtant, en engageant Hasan Minhaj, le géant du streaming avait réalisé un acte fort : il donnait la parole à une voix musulmane et brown (terme désignant les Américains d'origine indienne et pakistanaise), quasiment absente des médias traditionnels. Minhaj avait déjà critiqué Netflix pour avoir diffusé la série Bodyguard, qu'il jugeait islamophobe, en lançant : « Netflix, tu ne peux pas engager ton premier présentateur musulman et diffuser ce genre de show. Reste engagé ! » La censure saoudienne a donc mis en évidence une contradiction dans la politique de contenu de la plateforme.

En dehors de cet épisode polémique, Hasan Minhaj continue de se produire et de dénoncer les injustices. Son one-man-show Homecoming King, également produit par Netflix, raconte son parcours d'enfant d'immigrés aux États-Unis, avec humour et émotion. Il incarne une nouvelle génération d'humoristes qui n'hésitent pas à mêler politique, religion et identité. La censure en Arabie Saoudite n'a fait que renforcer sa détermination : comme il le dit lui-même, « il n'existe pas de version édulcorée de moi ».

Avec son style incisif et sa capacité à toucher un public jeune et connecté, Hasan Minhaj s'impose comme une figure incontournable de la satire américaine. Son combat pour la liberté d'expression, même au prix de la censure, trouve un écho bien au-delà des frontières des États-Unis. Les régimes autoritaires, comme l'Arabie Saoudite, ont peut-être gagné une bataille en faisant retirer un épisode, mais ils ont perdu la guerre de l'opinion publique mondiale.


Source: Télérama News


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