Le 28 avril dernier, à Holbrook, dans l’État de New York, un candidat à la présidentielle américaine a cité Paris Match lors d’un meeting de campagne. Ce candidat, c’est Robert F. Kennedy Jr., plus connu sous le nom de RFK Jr. Il s’efforçait de rassembler les signatures nécessaires pour se présenter sous l’étiquette « indépendant », ni démocrate ni républicain. « Tout à l’heure, un reporter de Paris Match, le premier magazine français, me faisait remarquer que personne, y compris moi-même, ne croyait aux chances de mon père quand il s’est présenté en 1968 », a-t-il lancé à la foule.
Né en 1954, Robert F. Kennedy Jr. est le troisième d’une famille de onze enfants. Il a grandi à Hickory Hill, le manoir familial près de Washington, où défilaient les plus grandes personnalités du monde. Enfant turbulent, il a été renvoyé de plusieurs établissements catholiques. Il rêvait de devenir scientifique ou vétérinaire. À 14 ans, il apprend la mort de son père, Robert F. Kennedy, assassiné le 6 juin 1968, alors qu’il était en pleine campagne présidentielle. Une photo célèbre le montre, gringalet, le regard vide, portant le cercueil. De cet épisode, il a toujours du mal à parler, mais il en a tiré une « obligation éphémère de reprendre le flambeau ».
Malgré des résultats scolaires médiocres, RFK Jr. intègre Harvard, puis une faculté de droit, comme son père et son oncle John F. Kennedy. En 1982, il devient assistant du procureur de Manhattan. Mais il lutte contre une addiction à l’héroïne et à l’alcool, développée dès l’âge de 16 ans, qu’il considère comme une réaction au chemin tout tracé qu’il avait choisi pour imiter son père. En 1983, il est arrêté pour possession d’héroïne, ce qui fait la une des journaux. Il suit une cure de désintoxication et reste sobre depuis quarante ans, participant encore chaque matin au programme en douze étapes des Narcotiques Anonymes.
Après sa réhabilitation, RFK Jr. se lance dans le droit environnemental. Il défend les pêcheurs de l’Hudson, un fleuve très pollué, et fait condamner de grands groupes industriels comme General Electric ou Monsanto, au prix de trente jours de prison à Porto Rico. Il devient alors le « Robin des bois écolo », surnommé « le Kennedy qui compte » par le New York Magazine en 1995. En 2006, il figure sur la couverture du « Green Issue » de Vanity Fair aux côtés de George Clooney et Al Gore.
Mais un article publié dans Rolling Stone et Salon, où il affirme que certains vaccins causent l’autisme, change tout. Il perd des amis de longue date, qui le considèrent désormais comme un complotiste. L’article est retiré en 2011, mais RFK Jr. persiste. Pendant la pandémie de Covid-19, il s’oppose violemment au Dr Anthony Fauci et à Bill Gates, accusés de soutenir la vaccination par intérêt personnel. Il compare les confinements à l’Allemagne nazie, avant de s’excuser. Ses comptes sur les réseaux sociaux sont suspendus, entraînant la perte de millions d’abonnés.
Malgré tout, un sondage réalisé par Jeremy Zogby révèle que RFK Jr. est devenu plus populaire que tous les autres leaders politiques. « Je me suis dit : j’ai la popularité et l’assise financière suffisante pour aller jusqu’aux débats présidentiels », confie-t-il. Il annonce sa candidature en mai 2023, après avoir convaincu sa femme, l’actrice Cheryl Hines, star de la série « Larry et son nombril ». Ensemble, ils élèvent six enfants. RFK Jr. la décrit comme « la plus belle chose qui lui soit arrivée ».
Sa campagne anti-establishment séduit un électorat en quête de changement. Il se dit « populiste au bon sens du terme ». Lors d’un discours à la Conférence Bitcoin de Miami, il célèbre les cryptomonnaies. Ses meetings attirent des foules, malgré sa voix éraillée due à une dysphonie spasmodique, une maladie neurologique apparue à 42 ans. « Selon un sondage CNN, ce serait à cause de mon nom, mais je crois surtout que les gens veulent quelque chose de différent », explique-t-il.
RFK Jr. propose une vision multipolaire du monde. « Je me présente parce que l’Amérique a perdu ses valeurs morales. Nous sommes dans la guerre permanente. Moi président, je mettrai l’accent sur la coopération et l’harmonie entre les peuples pour combattre la grande menace globale que représente l’intelligence artificielle », déclare-t-il. Il estime que Joe Biden est un « très mauvais président », notamment sur le dossier ukrainien, où il n’aurait jamais dû s’aventurer.
Sa candidature ne fait pas l’unanimité au sein de la famille Kennedy, majoritairement pro-Biden. Le 17 mars, une cinquantaine de membres de la famille étaient invités à la Maison-Blanche. Un mois plus tard, ils affichaient leur soutien à Joe Biden lors d’un rassemblement à Philadelphie. RFK Jr. relativise : « Ma mère Ethel est avec moi. Nous sommes 105 cousins, au dernier pointage. Il y a forcément des désaccords. Cinq membres de ma famille ont un poste dans l’administration Biden, mais beaucoup d’autres me soutiennent, comme Anthony Shriver ou mon fils Conor, qui a combattu en Ukraine dans la Légion étrangère internationale. »
Interrogé sur le risque de nuire à Joe Biden, il rit : « Tous les sondages montrent que j’empiète davantage sur l’électorat de Trump, qui essaie de m’exclure du scrutin. » En effet, plusieurs polémiques récentes ont éclaté. Le New York Times a révélé qu’en 2012, RFK Jr. avait déclaré qu’un ver avait dévoré une partie de son cerveau, provoquant des troubles de la mémoire. Il ne dément pas, mais précise que tout va bien. L’affaire n’entame pas sa popularité, mais elle alimente les moqueries.
Aujourd’hui, RFK Jr. est assuré de figurer sur les listes électorales de certains États clés, comme le Michigan. Les sondages lui accordent entre 15 % et 20 % des voix. Nul ne le voit élu à la Maison-Blanche, mais il est devenu plus qu’un moustique pour Trump et Biden : un rival de trop. Son parcours atypique, entre héritage politique, addiction surmontée, engagement écologique et positions controversées, en fait l’une des figures les plus fascinantes de cette campagne. Reste à voir s’il parviendra à dépasser le stade de l’outsider pour peser réellement sur l’issue du scrutin.
Source: Parismatch News