Le nom de Larry Ellison résonne habituellement dans les couloirs de la Silicon Valley, pas sur le Walk of Fame. Pourtant, le cofondateur d’Oracle, l’un des hommes les plus riches de la planète, vient de s’inviter au premier rang de l’industrie du divertissement. Via le rachat de Paramount Global par Skydance Media, la société dirigée par son fils David Ellison, le milliardaire américain devient l’un des acteurs les plus puissants d’Hollywood. Une opération à plusieurs milliards de dollars qui rebat les cartes d’un secteur en pleine mutation, où les géants de la tech imposent désormais leur rythme.
L’accord, annoncé après des mois de spéculations et de rebondissements, prévoit la fusion de Skydance Media avec Paramount Global. Le nouvel ensemble contrôlera des actifs emblématiques : Paramount Pictures, le studio centenaire à l’origine de films comme « Le Parrain », « Titanic » ou « Mission : Impossible » ; CBS, l’un des grands réseaux hertziens américains ; MTV, Nickelodeon, Comedy Central, BET ; et la plateforme de streaming Paramount+. La transaction comprend également la reprise de National Amusements, la holding de la famille Redstone, qui contrôlait historiquement Paramount. Shari Redstone, héritière de Sumner Redstone, quitte ainsi le devant de la scène après des années de tensions et de stratégies contrariées.
Une opération à plusieurs milliards
Les chiffres donnent le vertige. L’opération est valorisée autour de 8 milliards de dollars, selon les informations disponibles au moment de l’annonce. Elle prévoit notamment un apport de plusieurs milliards de dollars destiné à renflouer Paramount, à réduire sa dette et à financer sa transition vers le streaming. Larry Ellison, via son family office, fait partie des investisseurs qui soutiennent l’opération aux côtés de Skydance, de RedBird Capital Partners et d’autres partenaires. Son fils David Ellison, fondateur de Skydance, prend la direction générale du nouvel ensemble. L’ancien patron de NBCUniversal, Jeff Shell, occupe des fonctions de président. La famille Ellison devrait détenir une participation significative au capital, tandis que les actionnaires de Paramount recevront du cash et des actions.
Pour Larry Ellison, cette incursion dans les médias n’est pas une simple diversification financière. À 80 ans, le cofondateur d’Oracle dispose d’une fortune estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, souvent classée parmi les dix plus importantes du monde. Il possède l’île hawaïenne de Lanai, une collection de propriétés de luxe, des yachts, et il a longtemps été l’un des visages les plus flamboyants de la tech américaine. Mais son intérêt pour Hollywood s’explique aussi par une histoire familiale. David Ellison a grandi dans l’ombre d’un père omniprésent, avant de se faire un nom dans l’industrie cinématographique. Skydance, fondé en 2010, a coproduit et financé des succès comme « Mission : Impossible – Fallout », « Top Gun: Maverick » ou « The Tomorrow War ». Le fils a bâti une réputation de producteur ambitieux, capable de relancer des franchises et de négocier avec les plus grands studios.
Paramount, un géant fragilisé
Paramount Global n’est plus le rouleau compresseur qu’il a été. Le groupe, né de la fusion entre Viacom et CBS, a longtemps dominé la télévision américaine grâce à des chaînes comme MTV, Nickelodeon, Comedy Central ou BET. Mais l’effondrement du câble, la concurrence féroce de Netflix, Disney+, Amazon Prime Video et Apple TV+ ont fragilisé son modèle économique. Paramount+ a accumulé les pertes, tandis que les revenus publicitaires de la télévision traditionnelle s’érodaient. La dette du groupe, estimée à plus de 14 milliards de dollars, pesait sur ses capacités d’investissement. Plusieurs tentatives de rapprochement, notamment avec Warner Bros. Discovery, s’étaient soldées par des échecs. La vente de National Amusements à Skydance est finalement apparue comme la moins mauvaise des options pour Shari Redstone, soucieuse de préserver l’héritage familial tout en tournant la page.
L’arrivée de Larry Ellison change la donne. D’abord parce qu’elle apporte des liquidités. Ensuite parce qu’elle introduit un profil de technologue à la tête d’un empire médiatique. Larry Ellison a bâti Oracle sur les bases de données, le cloud et les logiciels d’entreprise. Il connaît les infrastructures, les algorithmes, la puissance des données. Dans un Hollywood obsédé par l’intelligence artificielle, la personnalisation des contenus et la maîtrise des coûts, ce savoir-faire pourrait devenir un avantage compétitif. Oracle, dont Larry Ellison reste le président du conseil d’administration et le directeur technique, est déjà un partenaire majeur de nombreuses entreprises. Certains observateurs imaginent que Paramount pourrait accélérer sa migration vers le cloud, optimiser sa gestion des droits, voire utiliser l’IA pour la production, le doublage ou la recommandation de programmes.
Un nouveau roi d’Hollywood ?
La formule fait les gros titres. Larry Ellison, nouveau roi d’Hollywood ? Elle mérite d’être nuancée. Le véritable patron opérationnel du nouvel ensemble sera David Ellison, pas son père. Larry Ellison agit davantage comme un financier, un stratège et un garant. Il n’a jamais dirigé un studio, ne connaît pas les rouages des guildes, des syndicats, des festivals et des négociations avec les talents. Son rôle consiste à apporter de la crédibilité, des ressources et une vision technologique. David Ellison, lui, est un homme de cinéma. Il a passé quinze ans à financer des films, à travailler avec Tom Cruise, Brad Pitt ou Arnold Schwarzenegger, et à comprendre les attentes du public. Le duo père-fils rappelle d’autres dynasties médiatiques, des Redstone aux Murdoch, en passant par les Roberts chez Comcast. Mais il marque aussi l’entrée d’un nouveau type de propriétaire : le milliardaire de la tech, habitué à l’échelle mondiale et aux investissements massifs.
Cette tendance n’est pas isolée. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, possède le Washington Post et a racheté MGM. Amazon a investi des milliards dans Prime Video. Apple, Netflix, Google, Meta et Microsoft sont devenus des acteurs incontournables de la production et de la diffusion. Elon Musk a pris le contrôle de X, anciennement Twitter. Le rachat de Paramount par Skydance, avec le soutien de Larry Ellison, s’inscrit dans cette convergence entre capital technologique et industries culturelles. Les studios historiques, autrefois maîtres du temps et de l’espace médiatique, doivent désormais composer avec des concurrents qui disposent de données, de clouds et de trésoreries colossales.
Quels défis pour le nouvel ensemble ?
Les défis sont nombreux. Il faudra d’abord réussir la fusion des cultures d’entreprise. Skydance est une société agile, habituée à cofinancer des films avec les grands studios. Paramount est un groupe lourd, avec des milliers de salariés, des syndicats puissants et des actifs hétérogènes. Ensuite, il faudra redresser Paramount+. La plateforme devra trouver un modèle rentable, soit en augmentant ses abonnements, soit en nouant des alliances, soit en réduisant ses dépenses de contenu. La question de la consolidation du streaming se pose à l’échelle du secteur : trop de services, trop de pertes, trop de concurrence. Certains analystes anticipent de nouvelles
Source: Challenges News