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Shou Zi Chew, le discret patron de TikTok défend l'application face au Congrès américain

Aug 19, 2026  Twila Rosenbaum  14 views
Shou Zi Chew, le discret patron de TikTok défend l'application face au Congrès américain

Le PDG de TikTok, Shou Zi Chew, a été auditionné jeudi 23 mars 2023 par une puissante commission parlementaire américaine. Les élus accusent la populaire application chinoise d'attenter à la sécurité nationale. Pour l'homme d'affaires de 40 ans, à la personnalité discrète, c'est une première comparution devant le Congrès. L'application, propriété du groupe chinois ByteDance, risque une interdiction totale aux États-Unis.

Né à Singapour, Shou Zi Chew a fréquenté la prestigieuse école Hwa Chong, avant de s'envoler pour l'Europe pour étudier l'économie à l'University College London. Toujours à Londres, il a endossé le costume de banquier pour Goldman Sachs et a également effectué un stage chez Facebook, avant d'obtenir un MBA à la Harvard Business School.

Un parcours fulgurant

Après plusieurs années passées au sein de la société d'investissement DST, Shou Chew, qui parle couramment le mandarin et l'anglais, a été nommé en 2015 directeur financier du géant chinois de la téléphonie Xiaomi. Il a rejoint ByteDance, la société mère de TikTok, en mars 2021 et a rapidement pris la direction de l'application, après la démission soudaine de son prédécesseur, l'Américain Kevin Mayer.

Si M. Chew dirige l'entreprise depuis Singapour, selon TikTok, on ne sait toutefois pas exactement quel est son pouvoir de décision par rapport au fondateur de ByteDance, Zhang Yiming, et à d'autres cadres de la société mère. Cette ambiguïté alimente les inquiétudes des régulateurs américains, qui soupçonnent l'application de donner accès à Pékin aux données des utilisateurs, ce que TikTok a toujours nié.

Des pressions politiques des deux côtés de l'Atlantique

Depuis plusieurs mois, le dirigeant singapourien au look décontracté doit faire face à une pression politique qui est montée en flèche des deux côtés de l'Atlantique. La Maison Blanche, la Commission européenne et les gouvernements canadien et britannique ont interdit à leurs fonctionnaires d'utiliser la plateforme de vidéos courtes et virales, très populaire parmi les jeunes.

La Maison Blanche a laissé entendre que si TikTok - qui dépasse les 150 millions d'utilisateurs mensuels aux États-Unis - restait dans le giron de ByteDance, elle serait interdite. De nombreux régulateurs soupçonnent l'application de donner accès à Pékin aux données des utilisateurs, ce qu'elle a toujours nié. Et des élus craignent aussi que l'application ne serve de cheval de Troie au Parti communiste chinois pour manipuler l'opinion.

Les déclarations clés de l'audition

"Permettez-moi de l'affirmer sans équivoque : ByteDance n'est pas un agent de la Chine ni d'aucun autre pays", a déclaré M. Chew aux élus du Congrès américain, selon des commentaires rendus publics avant l'audition. "TikTok n'a jamais partagé ou reçu de demande de partage de données d'utilisateurs américains avec le gouvernement chinois. TikTok n'honorerait pas non plus une telle demande si elle était formulée", a-t-il ajouté.

Le patron de TikTok a également insisté sur les efforts de l'entreprise pour protéger les données de ses utilisateurs américains, notamment par le biais du projet "Texas", qui vise à stocker les données sur le sol américain et à les contrôler par une entité indépendante. Malgré ces garanties, les élus républicains comme démocrates se montrent sceptiques, certains réclamant une vente forcée de l'application à une entreprise américaine.

Un patron au profil bas, mais très investi

Shou Zi Chew lui-même n'est pas un grand utilisateur de TikTok : il a publié une vingtaine de vidéos depuis l'année dernière et ne compte que près de 20 000 abonnés. Sur son compte, certaines vidéos le montrent en train d'assister au spectacle de la mi-temps du Superbowl ou de danser avec la chanteuse Ciarail, tandis qu'il partage dans d'autres extraits sa visite au British Museum ou son costume porté à l'occasion d'Halloween.

Le dirigeant de TikTok est marié à Vivian Kao, PDG d'une société d'investissement, une ancienne camarade de classe de la Harvard Business School avec qui il avait commencé par échanger par mail en 2008, peu après leur admission. Selon un article publié sur le site web de l'école, ils ont deux enfants et sont si proches qu'ils "finissent souvent les phrases l'un de l'autre".

Comme la plupart des hommes de Singapour, M. Chew a effectué son service militaire dans sa jeunesse, avec un tel succès qu'il a été nommé officier, selon le journal Straits Times. Selon la loi singapourienne, cela signifie qu'il est tenu de rester réserviste de l'armée jusqu'à l'âge de 50 ans, soit dix ans de plus que les hommes d'autres rangs.

Un enjeu crucial pour l'avenir de TikTok

Cette audition est un moment charnière pour TikTok, qui est devenu un phénomène culturel aux États-Unis. Selon les données de marché, l'application a déjà dépassé YouTube, Twitter, Instagram et Facebook en "temps passé" dessus par les adultes américains, et talonne désormais Netflix. La plateforme est particulièrement populaire auprès des 18-24 ans, qui l'utilisent pour découvrir de la musique, des tendances et des contenus de divertissement.

Au-delà de la question de la sécurité nationale, se joue aussi un enjeu économique majeur. TikTok représente une manne financière pour les créateurs de contenu américains, qui gagnent leur vie grâce à la plateforme. Une interdiction totale aurait des conséquences désastreuses pour eux, mais aussi pour les petites entreprises qui utilisent l'application pour faire la promotion de leurs produits.

Les analystes estiment que le gouvernement américain cherche avant tout à obtenir des garanties concrètes sur la protection des données. Le précédent de 2020, lorsque l'administration Trump avait tenté d'interdire TikTok sans succès, montre que la voie juridique est complexe. Cependant, la donne a changé : la montée des tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine rend la position de TikTok plus fragile que jamais.

Un précédent jurisprudentiel incertain

En août 2020, Donald Trump avait signé un décret ordonnant à TikTok de céder ses activités américaines sous 90 jours, invoquant des risques pour la sécurité nationale. La justice américaine avait finalement bloqué ce décret, estimant que la procédure n'avait pas respecté les droits de la défense. Depuis, plusieurs tentatives de négociation ont eu lieu, sans aboutir à un accord définitif.

Aujourd'hui, le Congrès semble déterminé à aller plus loin. Plusieurs propositions de loi bipartisanes ont été déposées pour autoriser le gouvernement à interdire les applications jugées dangereuses. Si ces textes aboutissent, TikTok pourrait être contraint de se séparer de ses activités américaines ou de cesser purement et simplement d'opérer sur le sol américain.

Face à cette menace, Shou Zi Chew a adopté une stratégie de transparence. Il a rencontré des élus, visité des bureaux de TikTok aux États-Unis et multiplié les interviews. Sa comparution devant la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants était très attendue. Il a répondu pendant près de cinq heures à des questions parfois agressives, ce qui montre sa détermination à défendre l'application.

Les critiques venues d'Europe

La pression ne vient pas seulement des États-Unis. En Europe, la Commission européenne a également interdit le réseau social à ses employés en février 2023. Le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne ont emboîté le pas. Plusieurs États membres, comme la France, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont pris des mesures similaires à l'égard de leurs fonctionnaires.

Les régulateurs européens s'inquiètent notamment des risques de fuite de données personnelles et de l'influence potentielle de Pékin sur les contenus. TikTok a répondu en annonçant le lancement de centres de données en Europe et le renforcement de ses équipes chargées de la modération. Cependant, les autorités restent vigilantes et n'excluent pas de nouvelles restrictions à l'avenir.

Dans ce contexte, Shou Zi Chew doit naviguer entre les exigences des gouvernements occidentaux et les intérêts de son entreprise. Il est perçu comme un homme de dialogue, capable de parler le langage des affaires comme celui des politiques. Son profil d'ancien banquier de Goldman Sachs et de diplômé de Harvard rassure une partie des élus, mais ne suffit pas à dissiper les soupçons.

Quel avenir pour TikTok ?

Plusieurs scénarios sont possibles à l'issue de cette audition. Le premier est que le Congrès vote une loi autorisant l'interdiction de TikTok, ce qui contraindrait ByteDance à vendre la plateforme à un investisseur américain. Le deuxième est que TikTok accepte de se séparer de sa maison mère et de créer une entité indépendante, comme l'a fait Facebook avec Instagram ou WhatsApp. Le troisième est que le gouvernement américain se contente des engagements pris par l'entreprise et laisse la situation en l'état.

Shou Zi Chew a clairement plaidé pour la troisième option, en réaffirmant son engagement à protéger les données des utilisateurs américains. Il a proposé de renforcer encore les contrôles et de créer un comité consultatif composé d'experts indépendants. Mais les élus sont restés circonspects, certains allant jusqu'à le qualifier de "représentant d'une dictature".

Quoi qu'il advienne, cette audition marque un tournant dans les relations entre les grandes entreprises technologiques chinoises et le monde occidental. Elle montre que les questions de sécurité nationale et de protection des données sont devenues des enjeux géopolitiques majeurs, qui dépassent largement le simple cadre de la concurrence économique. Shou Zi Chew, lui, rentre à Singapour avec la certitude d'avoir défendu son entreprise du mieux qu'il a pu, mais aussi avec la conscience que la bataille pour l'avenir de TikTok est loin d'être terminée.

Dans les mois à venir, les regards se tourneront maintenant vers les autres marchés où TikTok est présent. L'Inde a déjà interdit l'application depuis 2020. Le Canada et l'Australie envisagent des restrictions similaires. Si les États-Unis venaient à interdire le réseau social, d'autres pays pourraient suivre, ce qui représenterait un coup dur pour ByteDance et ses 1 milliard d'utilisateurs dans le monde.

En attendant, Shou Zi Chew peut retenir une victoire symbolique : il est ressorti de cette audition sans avoir commis de faux pas majeur, et il a réussi à faire passer son message. Son avenir à la tête de TikTok reste toutefois conditionné à l'évolution du rapport de force entre le Congrès américain et la Chine. Une chose est sûre : le discret patron de TikTok ne pourra plus jamais se faire discret.


Source: ABC Bourse News


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