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Corée du Sud : le président Yoon Suk Yeol lève la loi martiale, les appels à la démission se multiplient

Aug 17, 2026  Twila Rosenbaum  11 views
Corée du Sud : le président Yoon Suk Yeol lève la loi martiale, les appels à la démission se multiplient

« Démission », « comptes à rendre » : le président sud-coréen Yoon Suk Yeol est mis dos au mur mercredi par l’opposition comme par son propre parti après avoir tenté mardi 3 décembre 2024 d’imposer la loi martiale, une mesure qu’il a été obligé d’abroger sous la pression. L’annonce surprise, faite à la télévision nationale en pleine nuit, a plongé le pays dans une crise politique sans précédent depuis près d’un demi-siècle. Si le président a finalement cédé aux injonctions du Parlement, les conséquences de cette tentative autoritaire continuent de secouer la scène politique sud-coréenne.

Une nuit de chaos politique

Tout a commencé mardi 3 décembre 2024, lorsque Yoon Suk Yeol a proclamé la loi martiale lors d’une allocution télévisée surprise, justifiant cette décision par la nécessité d’« éliminer les éléments hostiles à l’État » et de « protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes ». Cette mesure, qui n’avait pas été utilisée depuis 1980, impliquait la suspension de la vie politique, la fermeture du Parlement et la mise sous contrôle des médias. Dans la foulée, des troupes ont été déployées dans les rues de Séoul et des hélicoptères de l’armée ont atterri sur le toit du Parlement national.

Cependant, les députés ont réussi à se réunir en catastrophe malgré le cordon militaire. À 190 voix contre la mesure, l’Assemblée nationale a adopté une résolution exigeant l’abrogation immédiate de la loi martiale. Des centaines de manifestants s’étaient parallèlement rassemblés devant le Parlement pour exiger le retrait du texte et la démission de Yoon Suk Yeol. Sous cette double pression, le président a finalement annoncé à la télévision, aux environs de 4 h 30 locales, la levée de la loi martiale et le retrait des troupes déployées dans la capitale.

Selon l’agence nationale Yonhap, plus de 280 militaires avaient fait irruption dans l’enceinte du Parlement au plus fort de la crise. Des soldats des forces spéciales ont tenté de pénétrer dans la salle de session, tandis que des manifestants scandaient « Arrêtez Yoon Suk Yeol ! ». La scène, filmée et diffusée en direct sur les réseaux sociaux, a choqué une opinion publique sud-coréenne pourtant habituée aux fortes tensions politiques.

Un président déjà affaibli

Yoon Suk Yeol, élu de justesse en 2022 face au candidat libéral Lee Jae-myung, voyait déjà sa cote de popularité tomber à des niveaux historiquement bas. Plusieurs scandales entourant son épouse, des nominations contestées et une politique économique jugée inefficace avaient érodé sa base électorale. La tentative de loi martiale, perçue comme un coup de force désespéré, a achevé de discréditer son mandat.

Le contexte budgétaire a servi de déclencheur. Le président reprochait à l’opposition, majoritaire à l’Assemblée nationale, de bloquer « tous les budgets essentiels aux fonctions premières de la nation ». Il dénonçait une « dictature législative » exercée selon lui par le Parti démocrate, qui a remporté une large victoire aux élections législatives d’avril 2024. Ce bras de fer autour du budget de l’État a paralysé l’action gouvernementale pendant des semaines, poussant Yoon Suk Yeol à une réaction radicale.

La loi martiale, dans l’histoire sud-coréenne, reste associée aux heures les plus sombres de la dictature militaire. L’exemple le plus récent datait de 1980, lorsque le général Chun Doo-hwan avait pris le pouvoir par un coup d’État et réprimé dans le sang le soulèvement de Gwangju. Des centaines de milliers de personnes avaient alors battu le pavé pour réclamer la démocratie. Pour de nombreux Sud-Coréens, le simple fait d’évoquer cette mesure est un tabou.

L’opposition exige des comptes

Le principal parti d’opposition, le Parti démocrate, a immédiatement exigé la « démission » de Yoon Suk Yeol et menacé d’engager une procédure en destitution s’il ne se retirait pas « immédiatement ». Le chef du parti, Lee Jae-myung, qui avait perdu de justesse l’élection présidentielle de 2022, a qualifié la loi martiale d’« illégale » et appelé ses partisans à manifester devant le Parlement.

Plus grave encore, le Parti démocrate a annoncé son intention de « porter plainte pour rébellion » contre le président, ses ministres de la Défense et de l’Intérieur, ainsi que contre des « personnalités-clés de l’armée et de la police, telles que le commandant de la loi martiale et le chef de la police ». Ce chef d’accusation, très lourd dans le droit sud-coréen, pourrait théoriquement conduire à des peines allant jusqu’à la prison à vie, voire la peine de mort en cas de condamnation. Cette menace judiciaire place Yoon Suk Yeol dans une position extrêmement fragilisée.

Même le Parti du Pouvoir au Peuple, la formation du président, a pris ses distances. Le chef du parti, Han Dong-Hoon, a déclaré à la télévision que « le président doit expliquer cette situation tragique tout de suite et en détail », ajoutant que « tous les responsables devront rendre des comptes ». Cette rupture publique entre le chef de l’État et son propre camp politique est symptomatique de l’ampleur de la crise.

Une mobilisation sociale et syndicale

La tentative de loi martiale a également déclenché une réponse immédiate des syndicats. La Confédération coréenne des syndicats, la plus importante intersyndicale du pays avec environ 1,2 million de membres, a appelé à une « grève générale illimitée » jusqu’à la démission de Yoon Suk Yeol, estimant qu’il avait « signé sa propre fin au pouvoir ». Des appels à la mobilisation ont circulé massivement sur les réseaux sociaux, et des rassemblements se sont poursuivis devant le Parlement dans la matinée de mercredi.

Les manifestants interrogés par l’AFP exprimaient leur colère. « Pourquoi est-ce qu’on a dû venir ici après avoir travaillé toute la journée, en pleine semaine ? », a crié l’un d’eux. « C’est à cause de cette loi martiale insensée décrétée par Yoon, qui est devenu fou », s’est exclamé un autre, acclamé par la foule. Des scènes de joie ont toutefois éclaté lorsque le président a annoncé la levée de la mesure, avec des cris de victoire et des applaudissements.

Le chef de cabinet du président et d’importants conseillers ont présenté en masse leur démission dans la matinée, selon Yonhap. Ce départ collectif affaiblit encore un peu plus un exécutif déjà exsangue. À la mi-journée, Yoon Suk Yeol n’était toujours pas réapparu en public, laissant planer le doute sur sa capacité à se maintenir au pouvoir.

Réactions internationales

La communauté internationale a suivi cette crise avec une inquiétude particulière. Les États-Unis, principal allié de Séoul face à la Corée du Nord, ont affirmé n’avoir pas été informés des intentions de Yoon Suk Yeol. La Maison-Blanche a rappelé l’importance de la démocratie et de l’État de droit dans un pays où les troupes américaines sont stationnées. Une rupture de confiance entre Washington et Séoul serait lourde de conséquences pour la sécurité régionale.

La Chine a appelé ses ressortissants en Corée du Sud à la prudence, tandis que la Russie a jugé la situation « alarmante ». Moscou, qui a renforcé ses liens avec la Corée du Nord dans le cadre de la guerre en Ukraine, observe de près les évolutions politiques à Séoul. Le Japon, voisin et partenaire économique clé, a déclaré mercredi suivre la situation avec « une préoccupation exceptionnelle et sérieuse ». Les Nations unies et le Royaume-Uni ont également exprimé leur inquiétude.

Cette crise intervient dans un contexte géopolitique déjà hérissé de tensions. La Corée du Nord continue de développer son arsenal nucléaire, et les exercices militaires conjoints entre Séoul et Washington suscitent des réactions virulentes à Pyongyang. La tentative de loi martiale a aussi des implications économiques : les marchés financiers sud-coréens ont ouvert en forte baisse mercredi, et la monnaie nationale s’est dépréciée face au dollar avant de se stabiliser après l’annonce du retrait des troupes.

Quelles suites pour Yoon Suk Yeol ?

La procédure de destitution est désormais clairement sur la table. En Corée du Sud, elle nécessite un vote à la majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale, soit 200 députés sur 300. Le Parti démocrate dispose de 170 sièges, mais il lui faudrait le soutien d’une partie des élus du Parti du Pouvoir au Peuple. La défection du chef de son propre parti pourrait ouvrir cette brèche.

La Cour constitutionnelle serait ensuite chargée de valider ou non la destitution. Si elle était confirmée, une élection présidentielle anticipée aurait lieu dans un délai de 60 jours. Certains analystes estiment cependant que Yoon Suk Yeol pourrait choisir de démissionner avant d’aller au bout de la procédure, afin d’éviter une humiliation supplémentaire.

En attendant, l’opposition a promis de déposer une plainte pour rébellion contre le président et ses principaux soutiens militaires. Cette affaire pourrait également éclabousser le commandement militaire et la police, dont plusieurs hauts responsables auraient participé à l’élaboration du plan. Le ministre de la Défense, directement visé, aurait présenté sa démission selon des sources locales, ce qui n’a pas encore été confirmé officiellement.

Cette crise intervient à un moment charnière pour la démocratie sud-coréenne. Le pays, qui est passé en quelques décennies d’une dictature militaire à une démocratie dynamique, voit ses institutions testées par un président prêt à bousculer l’ordre constitutionnel pour imposer sa vision. La mobilisation rapide des citoyens et des élus a montré que les acquis démocratiques restaient solidement ancrés dans la société sud-coréenne.

Le calme est revenu dans les rues de Séoul, mais la tempête politique, elle, ne fait que commencer. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si Yoon Suk Yeol parviendra à rester en fonction ou s’il devient le premier président sud-coréen à être destitué depuis Park Geun-hye en 2017. Quoi qu’il advienne, la tentative de loi martiale du 3 décembre 2024 restera dans les mémoires comme l’un des épisodes les plus graves de l’histoire démocratique du pays.


Source: actu.fr News


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