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La boxeuse Imane Khelif porte plainte contre World Boxing: retour sur une affaire qui agite le monde du sport

Aug 09, 2026  Twila Rosenbaum  5 views
La boxeuse Imane Khelif porte plainte contre World Boxing: retour sur une affaire qui agite le monde du sport

La championne olympique algérienne de boxe, Imane Khelif, a décidé de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Lundi 1er septembre 2025, elle a déposé une plainte contre World Boxing, l’organisme mondial qui régit la boxe amateur et qui a instauré des « tests de féminité » obligatoires. La boxeuse refuse de se soumettre à ces examens génétiques et souhaite participer aux prochains championnats du monde de Liverpool, prévus du 4 au 14 septembre, sans être contrôlée. Sa requête a toutefois peu de chances d’aboutir : la plainte n’est pas suspensive et la compétition débutera sans elle si la décision n’est pas modifiée.

Cette action en justice s’inscrit dans un feuilleton qui dure depuis plus de deux ans. Imane Khelif, née en 1999 en Algérie, s’était révélée sur la scène internationale bien avant les Jeux de Paris. Médaillée d’argent aux championnats du monde juniors en 2018, elle avait également participé aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021. Mais c’est à Paris, le 9 août 2024, qu’elle est entrée dans l’histoire en remportant la médaille d’or dans la catégorie des moins de 66 kilos face à la Chinoise Liu Yang. Quelques minutes après sa victoire, elle avait lancé : « Je suis une femme comme les autres. Je suis née femme, j’ai vécu femme et j’ai concouru en tant que femme. »

Cette déclaration n’a pas suffi à éteindre la polémique. L’ancienne instance de la boxe olympique, l’IBA, avait accusé la jeune Algérienne d’être porteuse de chromosomes XY et l’avait exclue des Mondiaux 2023 pour cette raison. L’IBA, qui n’est plus reconnue par le Comité international olympique (CIO) depuis 2023, avait alors avancé que la boxeuse ne pouvait pas concourir dans la catégorie féminine. Le CIO avait au contraire validé sa participation aux Jeux de Paris, estimant qu’elle répondait aux critères d’éligibilité. Mark Adams, porte-parole du CIO, avait insisté : Imane Khelif « est née femme, a été enregistrée femme, a vécu sa vie comme une femme, a boxé comme une femme, a un passeport de femme ».

La polémique n’a jamais vraiment cessé. Après la victoire de l’Algérienne, l’IBA avait menacé de poursuivre le CIO pour avoir autorisé la boxeuse à participer au tournoi olympique. C’est dans ce climat de tension que World Boxing, l’instance mondiale en charge de la boxe amateur, a pris le relais et a décidé de généraliser les tests génétiques pour toutes les boxeuses engagées dans les compétitions internationales. Une décision que conteste aujourd’hui Imane Khelif devant le TAS. Sa plainte vise précisément la décision prise fin mai par World Boxing, qui l’avait privée du tournoi d’Eindhoven parce qu’elle n’avait pas subi le test génétique. Elle demande l’annulation de cette mesure et exige de pouvoir concourir « sans test » aux championnats du monde de Liverpool.

La juridiction basée à Lausanne a confirmé la réception de la requête, mais les chances de succès semblent minces. Selon les informations disponibles, Imane Khelif ne pourra pas participer aux championnats du monde faute de test. La plainte devant le TAS n’est pas suspensive, ce qui signifie que la compétition se déroulera sans elle. Ce constat n’enlève rien à la détermination de la championne, qui a fait de cette bataille juridique une question de principe. Elle ne veut plus que son genre soit débattu au sein des instances sportives et espère que le tribunal arbitral tranchera en sa faveur sur le fond.

Au-delà de la procédure d’urgence, Imane Khelif a déjà annoncé ses ambitions pour la suite. En mars dernier, elle avait réaffirmé dans un entretien à la chaîne britannique ITV son intention de défendre son titre aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. « Je défends ma médaille d’or avec tout ce que j’ai. Je continue mon rêve », avait-elle déclaré. Cette prise de parole était aussi une réponse directe à Donald Trump. Le président américain avait signé en mars un décret interdisant « toute compétition féminine à des personnes transgenres ». La boxeuse algérienne avait alors rétorqué : « Je vais vous donner une réponse directe. Je ne suis pas transgenre. Cela ne me concerne pas et ne m’intimide pas. Telle est ma réponse. »

Cette affaire dépasse largement le cas d’Imane Khelif. Les tests génétiques imposés par World Boxing utilisent la technique PCR/SRY, qui cherche à établir la présence ou l’absence du chromosome Y, présenté comme déterminant du genre. Or ce dépistage est loin de faire consensus. Il avait déjà été abandonné après les Jeux d’Atlanta en 1996, en raison des nombreuses critiques venues de l’Association médicale mondiale, d’organisations de droits humains et de la communauté scientifique. De nombreux experts estiment que la détermination du sexe biologique est beaucoup plus complexe que la simple équation « XY = homme ».

Andrew Sinclair, le scientifique australien qui a découvert le gène SRY en 1990, a récemment insisté sur cette complexité dans le journal The Conversation. Selon lui, la présence d’un chromosome Y ne suffit pas à définir un avantage compétitif. Il est en effet possible d’avoir un chromosome XY sans que son taux de testostérone ait un impact sur ses performances sportives. Son analyse rejoint celle de nombreux biologistes et généticiens, pour qui les catégories du sport ne peuvent pas se réduire à une simple opposition binaire entre hommes et femmes.

L’histoire de l’athlétisme offre d’ailleurs un précédent célèbre. L’Espagnole Maria José Martinez-Patino, spécialiste du 100 mètres haies, avait été privée des Jeux de Séoul en 1988 en raison d’un test de féminité concluant à la présence de chromosomes XY. Elle avait été la première athlète à contester avec succès ce type de tests et avait obtenu gain de cause. Son combat avait contribué à l’abandon provisoire des tests de féminité dans les compétitions internationales. Son cas est régulièrement cité pour montrer que les tests génétiques simplistes peuvent conduire à des injustices flagrantes.

Plus récemment, l’athlète sud-africaine Caster Semenya, double championne olympique du 800 mètres, a dû saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Privée de compétitions internationales depuis 2018 parce qu’elle refusait de suivre un traitement hormonal visant à faire baisser son taux de testostérone, elle a obtenu en 2023 une décision soulignant qu’elle n’avait pas bénéficié d’un procès équitable. Son combat judiciaire, qui dure depuis des années, illustre les difficultés rencontrées par les athlètes dont le corps ne correspond pas aux normes attendues.

Malgré ces précédents, les tests de féminité font un retour en force. World Athletics, la fédération internationale d’athlétisme, a également rétabli les tests PCR. Sous la pression de ces grandes fédérations, le CIO a décidé de réagir. La nouvelle présidente de l’institution, Kirsty Coventry, a lancé fin juin un groupe de travail sur l’accès à la catégorie féminine et promis des directives claires. Ce groupe de travail devra déterminer les critères d’éligibilité et tenter d’harmoniser les règles entre les différentes disciplines.

Le CIO avait longtemps adopté une position prudente. Depuis fin 2021, il fixait aux fédérations internationales de simples recommandations, les dissuadant notamment de « présumer » un avantage compétitif injuste en raison de « l’intersexuation, l’apparence physique ou la transidentité » d’une athlète. L’instance olympique laissait surtout aux médecins seuls, en cas de doute, la possibilité de procéder à des examens si nécessaire. Cette approche, fondée sur une évaluation au cas par cas, est aujourd’hui remise en cause par plusieurs fédérations qui réclament des règles plus strictes et uniformes.

Imane Khelif, elle, n’entend pas céder. En portant son combat devant le TAS, la championne olympique espère créer une jurisprudence qui protégerait les athlètes contre des tests qu’elle juge discriminatoires. Son avocate et ses soutiens soulignent que la boxeuse a toujours concouru dans la catégorie féminine et que son dossier médical ne révèle aucune supercherie. Mais le temps presse : alors que les championnats du monde s’ouvrent à Liverpool, la décision du TAS pourrait ne pas arriver à temps. Cette affaire, qui conjugue science, droits des athlètes et géopolitique du sport, est loin d’être refermée.


Source: TV5MONDE - Informations News


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